Le jugement a toujours été l’acte réfléchi de l’homme le plus délicat.
Juger, c’est considérer ses propres actes, sa propre morale, comme étant "la" référence et que dès lors, toute dérogation au modèle sera condamnés sans appel. Certains acte même, nous trouble tellement, que nous nous sentons poussé à materner la victime. Nous évitons ainsi de comprendre vraiment les conditions qui ont créer cet acte. Comprendre ce n’est pas excuser, mais bien se mettre quelques instant à la place de l’autre si différent et de nous demander pourquoi il a agit ainsi.
Spectacle donné pour la première fois,
le 15 février 1994 au théâtre le Caveau à Genève
Jules: Georges Stouder
Bounine: Liliane Mattana
Jean: Patrick Jacquier
Louise: Annick Philo
Décors: Eric Debonneville
Mise en scène: Jacques Sallin
Extrait 1 / Scène 2
Bounine - C'est le chien des Poulards que l'on voit sur le chemin de terre? L'est agaçante à toujours courir après sa queue cette bête. Pas étonnant qu'elle s'agite comme un diable au fond d'un bénitier. Elle doit avoir des vers.
Jules - Julien vient souvent ces dernier temps.
Bounine - Encore un drôle de fainéant, celui-là ! Il finira comme son père, avec la bouche usée et les bras tout neufs. Je ne sais pas ce qu'ils ont dans cette famille à jaser comme des pies borgnes !
Jules - Saperlipopette, Bounine! Qu'attendez-vous ainsi à le surveiller, à le suspecter comme un braconnier depuis des jours? Une lettre... et de quelle plume, grand Dieu, je vous le demande?
Bounine - A vous entendre, Jules, nous ne recevons jamais de courrier, jamais...
Jules - Vous ne recevez jamais rien, ni personne ! (Un Bounine - Il doit les garder par-devers lui. La voilà la raison pour laquelle il ne vient pas jusqu'ici ! Je me fait un sang d'encre à attendre des nouvelles et voilà qu'il n'est pas même capable de me les porter.
Jules - Il ne peut vous remettre une lettre qu'à la condition expresse de l'avoir reçue. Si elle était en sa possession, il vous la remettrait sans tarder. Ceci même hors de sa tournée quotidienne.
Bounine - Un beau malin qui profite justement de sa tournée quotidienne pour faire le joli
garçon à tous les jupons qui passent. Et qui sait, il a peut-être envie de ce placer à la mairie, tout comme son grand-père. (Un temps) Il serait bon sur le bord d'un étang, pour prêcher le menu peuple.
Jules - Pourquoi pas?
Bounine - Celui-là, le jour où un oeuf sortira de son derrière, les poules cesseront de pondre, croyez-moi! (Un temps) Je devrai user de mon influence pour mettre de l'ordre dans tout cela.
Jules - De qu'elle influence parlez-vous? (Un temps) Oh, je vois ! Monsieur Maupertuis, doyen de la faculté des lettres.
Bounine - Une bonne lettre à en-tête... voilà qui secouerait les plumes à cet oisif. Vous naturellement,